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« ACCOMPAGNER »

Que signifie accompagner ?

Comment dire l’essentiel sans faire de grands discours ?

En réfléchissant à cette question, trois lettres me sont venues à l’esprit : RER.

Ces trois lettres m’ont inspirée, d’abord par l’image qu’elles évoquent en moi. En effet, quand je pense RER, je vois d’abord un train qui RELIE une ville principale aux régions périphériques, par exemple Berne ou Paris à leurs banlieues. La personne accompagnée a besoin du RER. Celle qui voit sa vie bouleversée par des épreuves est confrontée à une crise. Cette crise se manifeste par une rupture des relations et des habitudes de vie. Un décès, un accident, un divorce, une maladie, un handicap, la perte d’un emploi vont « couper » la personne de ce qui la faisait vivre et donnait du sens à sa vie. Permettre à celui ou celle qui traverse une crise de se RELIER à ce qui ou à ceux qui constituaient la trame de sa vie pour qu’elle continue à faire sens, est un aspect fondamental de l’accompagnement. Nous avons été créés pour être en relation, avec Dieu, avec les autres. Seuls, nous dépérissons. L’épreuve isole… La dépasser, pour permettre à celui qui la traverse de se sentir en relation est vital. RER… pour permettre aux blessés de la vie d’être à nouveau reliés à ce qui les fait vivre et de trouver ainsi un sens à leur présence au monde.

RER… une abréviation pour Rejoindre, Etre et Rester, trois verbes qui condensent l’essence de tout accompagnement.

Rejoindre une personne, signifie aller à sa rencontre et accueillir son histoire de vie, partager sa souffrance, compatir (du latin cum patior, souffrir avec), c’est-à-dire offrir son empathie sans se laisser noyer, être proche mais aussi assez fort pour que la personne puisse s’appuyer sur nous. Recevoir comme un cadeau cette tranche de vie partagée où l’on va à l’essentiel, sans se perdre en futilités. Aller à la rencontre de l’autre, c’est reconnaître sa dignité qu’on ne peut lui enlever.

Etre, c’est d’abord une présence, mais aussi une disponibilité du cœur et de l’esprit, une écoute respectueuse, dénuée de jugement, pour aider la personne à traverser ce qu’elle est entrain de vivre douloureusement. Lui offrir un espace où déverser le trop-plein d’émotions, pour mettre des mots sur ses maux. Permettre au chagrin, à la colère, à la crainte et au doute de s’exprimer en mots.

Rester signifie apporter le soutien, le réconfort et la confiance en se tenant aux côtés de la personne souffrante sur le chemin qu’elle doit parcourir, tout en l’aidant à puiser dans ses propres ressources l’énergie nécessaire pour avancer et ainsi trouver un chemin de croissance possible ; insuffler le courage, pour permettre à celui qui apprend à se (re)construire à devenir de plus en plus sujet de sa propre vie. Celui ou celle qui est accompagné attend parfois une Parole de Vie qui libère et ouvre de nouvelles perspectives. Accompagner, c’est inviter la personne qui est dans la détresse à entrer dans une dimension d’espérance et d’avenir, l’encourager à regarder devant elle, bien que dans une situation incroyablement difficile, et goûter les dons de la vie tant qu’ils lui sont offerts. En conclusion, je dirai qu’accompagner quelqu’un, c’est faire un chemin qui s’en va vers l’intérieur, jusqu’au plus profond de l’être… où Dieu nous rencontre. « Approcher le chaos d’une vie qui chavire, c’est désirer lui offrir votre présence et votre écoute, et c’est courir le risque d’être rejeté ; c’est soutenir un regard qui vous brûle de son inquiétude ou de ses soupçons. Abordant peu à peu la paix du corps et du cœur, c’est, sans se durcir, conquérir la confiance, apprivoiser l’être, pouvoir offrir l’amitié et devenir frère en humanité… » ( L. Burdin ).

Myriam Gretillat, pasteure aumônier